Mardi 28 mars 2017
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Mis à jour le 12.06.2015 à 22h32 | Publié par Isabelle Avran - Photo: Derrick Ceyrac/AFP
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Guéret, capitale de la reconquête

services publicsÀ partir d’aujourd’hui samedi et durant tout le week-end, Guéret, dans la Creuse, accueille débats et manifestation d’usagers, de fonctionnaires, de citoyens, d’élus… pour la défense, la reconquête et le développement des services publics. Cet après-midi aura lieu une manifestation dans les rues de la ville. Retour sur quelques enjeux

Guéret, capitale de la reconquête

La triple peine. De facto, c’est ce à quoi sont condamnées les populations victimes des politiques d’austérité et de conformité aux exigences patronales, tant ces politiques génèrent aussi le démembrement de services publics de qualité, pourtant indispensables à la vie sociale et économique.

Première peine : le chômage, la précarité et les bas salaires. Au-delà des chiffres, connus, et des courbes que les discours velléitaires ne sauraient suffire à inverser, ce sont des salariés et leurs familles qui voient leurs vies basculer et leurs projets se désagréger.

 

Seconde peine : le démantèlement d’amortisseurs à cette politique, que sont tant la protection sociale, que les actions de solidarité des collectivités territoriales et les services publics de proximité et nationaux : écoles, cantines scolaires, activités culturelles, sportives et de loisirs, santé, poste et communications… Or le premier ministre a décidé l’an passé de réduire encore les budgets des collectivités locales pour trois ans, avec une nouvelle baisse de 11 milliards d’euros sur les dotations globales de fonctionnement, annoncée en avril 2014, ainsi que la suppression de la clause générale de compétence des départements et des région. Pour financer les nouvelles aides inconditionnelles aux entreprises et à leurs actionnaires.


Mais le désastre ne s’arrête pas là, puisque l’absence de services publics, de la poste à la gare, incite les entreprises à chercher ailleurs. Et les potentiels emplois à s’échapper de régions entières sinistrées. Qui plus est, plus de 70% de l’investissement public provient des collectivités territoriales. Que deviendra celui-ci avec des villes, des départements, des régions, financièrement étranglés ? Sacrifié lui aussi, comme des pans entiers de la culture ? La désertification entraîne la désertification. Troisième peine.

 

 

Guéret, résistance et reconquête

C’est pourquoi, ensemble, des organisations syndicales, des associations, des organisations politiques… de toute la France ont organisé ces deux journées de rencontres les 13 et 14 juin, à Guéret, dans la Creuse, avec une grande manifestation de rue l'après-midi, auxquelles sont aussi conviés des participants d’autres pays d’Europe ou du monde soumis aux mêmes politiques.

Le choix de Guéret, préfecture de la Creuse, n’est pas le fruit du hasard. En 2005 déjà, la ville était devenue capitale symbolique de la mobilisation pour la défense des services publics à l’occasion d’une manifestation de plusieurs milliers d’agents, usagers et élus. Plus de 200 élus avaient même démissionné pour protester contre des coupes sombres budgétaires et la fermeture de petites gares, de centres des impôts, de bureaux de poste, dans le département comme dans nombre de villes rurales. Autant d’initiatives qui avaient alors donné naissance à une «Convergence nationale pour la défense des services publics» regroupant plusieurs dizaines d’organisations, puis, en 2007, à l’élaboration d’un manifeste rappelant que des services publics de qualité répondent à «un choix de société» et qu’il s’agit de les défendre, de les reconquérir, de les développer, notamment en résistant aux politiques de privatisation.


Mais si cette convergence a perdu en audience quant à ses initiatives, l’urgence du contexte économique et social en a réanimé l’ambition. C’est dans ce cadre que la CGT a immédiatement accepté sa proposition d’un nouvel acte fort à Guéret ce week-end, explique Christophe Delecourt, secrétaire de l’UGFF-CGT. Il met en lumière les conséquences funestes de la destruction des services et de l’emploi publics, l’actuel gouvernement poursuivant, là aussi, les orientations de ses prédécesseurs.

Du reste, souligne-t-il, c’est ensemble que les fédérations de la fonction publique CGT, FSU, Solidaires et Fafp (fédération autonome) ont lancé un appel syndical «Convergeons à Guéret». Appelant à participer à la manifestation du 13 et aux Assises du 14 pour la rédaction d’un «manifeste des services publics du XXIe siècle» (dont la NVO rendra compte sur le site nvo.fr et dans un prochain numéro), les quatre fédérations soulignent que «les services publics, au cœur de l’action publique, sont un élément essentiel de cohésion sociale».

Un texte qui rejoint les préoccupations formulées dans le texte d’appel commun, signé par plusieurs dizaines d’organisations syndicales, ou politiques, d’associations, d’organisations d’usagers (pour l’hôpital, le rail…), d’organisations de jeunes, de retraités.

 

 

Une réforme territoriale néfaste

Christophe Delecourt plaide ainsi en faveur de véritables politiques publiques réhabilitant l’égalité entre les citoyens sur tout le territoire national, ce qui passe par l’égalité d’accès aux services publics, et des moyens pour en faire vivre les missions. Notamment des moyens budgétaires et humains, avec de l’emploi qualifié et reconnu.


Cela suppose aussi, explique-t-il, de sortir de la logique de l’actuelle réforme territoriale. Celle-ci, qui révise les périmètres de compétences des collectivités, privilégie aussi certaines régions et métropoles en concurrence avec d’autres pôles européens, et désertifie encore un peu plus les autres. Christophe Delecourt dénonce aussi le décret publié par le gouvernement en mai dernier révisant en profondeur la «charte de déconcentration» de 1992 en attribuant aux préfets un pouvoir considérable dans les régions, en particulier en matière budgétaire, d’organisation dérogatoire des services publics et des missions publiques dans les territoires, au risque de ruiner les principes de continuité des politiques publiques nationales de l’État et d’égalité de traitement des usagers. Autant dire que la démocratie passe ici à l’encan.

 

 

Une démarche à faire vivre partout

À l’issue du week-end, le travail entamé à Guéret sera appelé à se poursuivre. Un travail convergeant de dizaines d’organisations donc, chacune intervenant selon sa vocation spécifique. Le processus de débat et d’élaboration de revendications et de propositions est lancé, appelé ensuite à se décliner à l’échelle nationale et dans les territoires, où les militants pourront s’adresser aux usagers, aux salariés, aux élus. Pour la reconquête des services publics, dans l’intérêt général.

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