Lundi 24 avril 2017
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Mis à jour le 22.09.2016 à 16h00 | Publié par Lennie Nicollet – Photo : Mathieu Delmestre
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Mobilisation unitaire contre l'imposture sociale

Extrême droiteDans le contexte de l’état d’urgence, de résurgence du discours identitaire avant la présidentielle et de mise en concurrence dangereuse entre les salariés, organisations syndicales (dont la CGT) et associations déjà engagées ensemble contre l’extrême droite ont décidé d’intensifier leur campagne.  Elles organisaient le 21 septembre, avec les éditions de l’Atelier, une soirée de mobilisation à l’occasion de la réédition du livre « En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite », de Vincent Edin.

Mobilisation unitaire contre l'imposture sociale

La salle de la bourse du travail semblait tout indiquée pour accueillir l’assemblée d’hier soir dans laquelle on trouvait des militants d’associations, de syndicats ou politiques, venus dire leur refus de l’extrême droite et écouter les dirigeants ou porte-parole de syndicats de salariés, d’étudiants et de lycéens ainsi que la présidente de la Ligue des droits de l’homme (LDH).

 

Sous les bustes de Marianne et de Jaurès, près de la liste des corps de métiers inscrits sur les murs, le cadre rendait compte de la prégnance d’une question dans ce débat : la diffusion des idées de l’extrême droite sur tous les territoires, et notamment sur les lieux de travail.

Cette soirée a permis d’insister une fois encore sur la nécessité de l’engagement syndical, rappelée tout au long des débats et interventions, dans ce combat.

 

Offensive de l’extrême droite et contagion

Rythmée par plusieurs temps, après la présentation du livre et ce qui a présidé à sa sortie, la soirée a permis de faire le point sur la vigueur des idées d’extrême droite ainsi que sur les initiatives syndicales pour les contrer. Présentation de l’ouvrage par l’éditeur, saynète par le comédien Rachid Bouali – extraite de son spectacle Cité Babel –, et petite introduction aux interventions par l’auteur du livre se sont succédé avant les interventions syndicales.

 

Revenu sur l’origine du livre lors de sa première parution en 2014, Bernard Stephan, directeur général des éditions de l’Atelier, pointait le sentiment d’« urgence » qui avait alors incité à cette publication face à la diffusion et à la banalisation d’idées qui n’émanaient déjà plus d’un seul parti.

Vendu à plus de 30 000 exemplaires, le livre était une façon de répliquer à la haine et aux préjugés par l’argument et l’exposition de faits et de chiffres concrets.

 

Vincent Edin, l’auteur du livre

 

Constat pointé également par Vincent Edin, l'auteur du livre, la propagation des idées d’extrême droite a encore pris de l’ampleur. En se saisissant notamment des événements tragiques des mois passés – attentats, crise des migrants –, leurs propagateurs entendent légitimer différentes pulsions de peur, de suspicion, de haine, de rejet de l’autre, de xénophobie et de racisme, visant à la division de la société.

Pire encore : la reprise de ces idées, par différents responsables politiques de droite et de gauche, qui contribue à les renforcer.

C’est, selon l’auteur, son livre le plus pénible à écrire, l’obligeant à écouter et réécouter les horreurs proférées chaque jour pour les disséquer et leur opposer un contre-argumentaire.

 

Un outil au long cours

Présenté comme un acte militant, prélude à un combat à remettre en œuvre, il démonte 78 idées reçues – autant de préjugés simplistes trop souvent repris tels quels. Parce qu’il est soutenu par un collectif, il représente déjà une réponse et est, en tant que tel, une motivation pour s’engager, avec des arguments solides pour combattre les thèses d’extrême droite.

 

La force des idées d’extrême droite étant de présenter une solution simpliste à un problème complexe, c’est un travail au long cours qui doit être engagé, selon les mots de Vincent Edin, pour refuser la « pensée reptilienne ». C’est à cet usage que le livre est destiné. En faire un « vade-mecum » contre les attaques de l’extrême droite auxquelles il peut paraître compliqué de répondre.

 

Parce qu’il en a disséqué le discours et illustré le vide, ce livre est une étape essentielle de travail qui doit permettre aux acteurs du mouvement social de construire un discours offensif sur ce sujet.

Et c’est ce qui a poussé l'auteur à intégrer de nouveaux sujets dans l’édition de 2017, après les attentats, la tragédie des réfugiés, ou les questions européennes.

 

 

 

Migrants, réfugiés, islam : préjugés et boucs émissaires

Le côté outil de l’ouvrage est assumé par Françoise Dumont, présidente de la LDH, qui met en lumière sa capacité à déjouer ce qui se présente sous le sceau du bon sens. Ainsi du prétendu « grand remplacement » (de notre société par l’islam), des menaces qui péseraient sur notre identité, « qu’elle soit heureuse ou malheureuse », des manipulations qui sont faites des attentats ou bien de la tragédie des migrants, en fait une « crise de l’accueil des migrants ». Pour elle, il s’agit aussi de montrer que « quand il y a une volonté politique, on peut y arriver ».

 

La pertinence du livre pour identifier et dénoncer les faux débats est aussi souligné par les représentants des lycéens de la FIDL et de l’UNL. Ils soulignent en même temps l’urgence de recentrer la discussion sur des sujets concrets, comme la situation des lycéens sans papiers et plus généralement la question des mineurs étrangers isolés, sur lesquels il importe de se mobiliser.

Clara Jaboulay, présidente de l’UNL, insiste aussi sur l’importance de l’unité dans cette bataille. Elle rappelle la force de « l’action commune et collective » contre la loi « travail » qui a réuni les organisations présentes : si les demandes et les propositions de l’intersyndicale ont eu un écho dans le débat public, c’est parce que, précisément, leur démarche était unitaire.

Une démarche d’action unitaire qui est aussi pour elle le seul moyen d’arriver à bloquer les discours de haine et à imposer une autre parole.

 

La seule condamnation morale n’est plus suffisante

Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, a évoqué la percée, même si elle reste plus faible que dans d’autres professions, des idées d’extrême droite chez les fonctionnaires et les enseignants. C’est le rôle du syndicalisme de « chercher à rassembler le monde du travail », parce qu’il n’est « plus suffisant de condamner moralement (…) nous avons la responsabilité d’intervenir » et de « discuter avec les salariés ». Travail de « fourmi » sur le terrain, elle se dit convaincue que d’autres forces rejoindront ce collectif.

 

La lutte contre des idées qui maintiennent des systèmes d’oppression et de hiérarchisation entre les salariés et les personnes est au cœur du combat syndical, commente en substance pour sa part Cécile Gondard-Lalanne, co-déléguée générale de Solidaires, qui voit dans ce livre un outil pour combattre les divisions. « Le cadre collectif » est l’autre outil qui permet de répondre à la banalisation des thématiques d’extrême droite, constate-t-elle elle aussi.

 

Côté étudiants, Lilâ Lebas, présidente de l’Unef, fait elle aussi le constat d’un combat toujours d’actualité, et qui doit se mener, contre la résignation et le repli sur soi. Il faut « montrer qu’on peut construire ensemble une offre politique » pour mener « un débat progressiste » et l’Unef, sur la question des étudiants sans papiers entre autres, reste toujours mobilisée.

 

 

 

Oser le débat et l’engagement

Au-delà, il s’agit aussi d’« agir en interne, dans nos organisations », défend Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. Certains syndiqués sont parfois mal à l’aise face à ces questions, et ont du mal à la fois à opposer des arguments solides aux discours d’extrême droite, et à mener le débat, notamment dans les entreprises elles-mêmes, où il s’avère pourtant indispensable.

C’est la responsabilité des syndicats que de « montrer du doigt qui sont les responsables dans la crise économique, le chômage ou d’autres problèmes », loin des boucs émissaires désignés par l’extrême droite et eux aussi victimes de ces crises – ou des guerres. Il faut que les syndicats s’emparent davantage de ces questions, mènent le débat avec les salariés, souligne le syndicaliste.

 

Il a rappelé également la campagne subie par les comités d’entreprise qui ont décidé de mettre leurs centres à disposition des associations pour loger des réfugiés. Une bataille que la CGT n’a pas l’intention d’abandonner…

 

Rassembler plus largement

Un tel combat mérite le rassemblement le plus large. Face aux risques de division de la société, de haine xénophobe ou raciste, le mouvement syndical a toujours opposé des perspectives de solidarité, et de luttes communes pour l’égalité des droits, la justice sociale, et un horizon de respect et de liberté.

Aussi, comme d’autres, le secrétaire général de la CGT le souligne : l’un des prochains défis du collectif sera d’être plus nombreux encore autour de la table. Car la lutte contre le racisme et l’extrême droite demande que « tous les syndicats soient rassemblés ».

 

Des rendez-vous à venir

Si, comme l’ont souligné dans la salle plusieurs intervenants, le climat politique actuel s’avère plutôt sombre, les responsables syndicaux ont fait entendre un discours combatif. Et ils ont d’ores et déjà annoncé des rendez-vous en Provence le 8 décembre et dans le Pas-de-Calais en janvier, pour aller au contact des salariés, tous ensemble, afin de mener la lutte contre l’extrême droite et de proposer d’autres combats communs et solidaires.

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