7 décembre 2016
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Mis à jour le 18.11.2016 à 09h00 | Publié par Véronique Lopez – Photo : Bapoushoo
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Élections reportées, la faute à la CGT ?

TPELe gouvernement a décidé, de manière brutale et unilatérale, de repousser les élections des TPE en prenant prétexte d'un pourvoi en cassation de la CGT qui conteste la présence à ces élections nationales d'un syndicat nationaliste, le Syndicat des travailleurs corses (STC). Une atteinte manifeste au droit d’expression des salariés.

Élections reportées, la faute à la CGT ?

Et c'est encore la faute à la CGT ! Décidément, ce gouvernement et sa ministre du Travail, Myriam El Khomri, s'illustrent par leur obsession à faire porter à la CGT tous les chapeaux antisociaux. Prenant prétexte du pourvoi en cassation de la centrale, qui conteste la présence du Syndicat des travailleurs corses (STC) aux élections TPE, Myriam El Khomri a estimé, à peine deux semaines avant le début du scrutin initialement prévu du 28 novembre au 12 décembre, que « le processus électoral ne pourrait être valablement engagé qu'une fois ce contentieux définitivement tranché ».

 

Ces propos définitifs ont court-circuité l'avis de la Commission nationale des opérations de vote (Cnov), pourtant la seule habilitée à organiser le scrutin. Mercredi 16 novembre, sans grande surprise, la Cnov s'alignait sur la position ministérielle et repoussait les élections TPE du 30 décembre 2016 au 13 janvier 2017. On ne voudrait pas que les salariés participent à ces élections qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

 

L'affaire est bien moins anecdotique qu'il n'y paraît. Sur la forme tout d'abord, elle remet en cause la campagne engagée. Et tant pis pour les militants sur le terrain (voir l'interview ci-dessous) qui devront garder un moral d'acier pour faire campagne en pleine trêve des confiseurs.

 

Atteinte aux valeurs républicaines

Sur le fond, ensuite, elle pose des questions fondamentales de la présence d'un syndicat régionaliste, voire communautariste, à des élections nationales. Si plusieurs des organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, CFTC) se sont soulevées contre la présence des listes du Syndicat des travailleurs corses au scrutin TPE, seule la CGT a constitué un pourvoi en cassation.

« Le tribunal d'instance avait donné raison à la CGT et aux autres organisations syndicales qui l'avaient saisi », explique Gisèle Vidallet, membre du bureau confédéral en charge de l'affaire. En appel, la cour en a décidé autrement. « Sa décision est incompréhensible, pour ne pas dire injustifiable, s'indigne Gisèle Vidallet. L'arrêt de la cour d'appel reconnaît que le STC incite à la discrimination entre les travailleurs mais estime que ce n'est pas en soi une atteinte aux valeurs républicaines ! »

 

Accepter cette poussée nationaliste et discriminatoire aujourd'hui – le STC prône notamment la « corsisation des emplois » –, ce serait accepter, demain, toutes les dérives sectaires et communautaristes qui pourraient se présenter. Et les tentatives ne manquent pas. Dans les Pyrénées-Atlantiques, « certaines offres d'emploi dans la fonction publique territoriale posent ouvertement comme critères de recrutement le fait d'être bascophone », s'inquiète Muriel Reignier, secrétaire générale de l’union départementale 64.

La vigilance s'impose. L'intransigeance de la CGT à défendre l'universalité républicaine apparaît non pas comme une entrave à la tenue de ces élections mais comme un argument supplémentaire en faveur du vote pour un syndicat porteur de valeurs.

 

 

 « Un scandale démocratique »

Trois questions à Julien Pauliac, Secrétaire général de l'UD du Puy-de-Dôme.

 

Comment avez-vous réagi à l'information du report des élections TPE ?

Les camarades engagés dans la campagne TPE dans le département du Puy-de-Dôme m'ont immédiatement interpellé dès qu'ils ont eu connaissance des propos de la ministre du Travail, et ce de manière très directe en me disant : « C'est quoi ce bazar ? »

Pour nous, ce report est un scandale démocratique. On ne peut pas reporter un scrutin qui concerne quatre millions et demi de salariés une vingtaine de jours avant la date du scrutin. Ça déstabilise nos équipes. On n'est pas forcément en capacité d'aller au contact des salariés dès le mois de janvier pour leur dire de ne pas oublier d'aller voter. Notre message est dimensionné par rapport aux dates du 28 novembre au 12 décembre et non par rapport au mois de janvier.

 

Pensez-vous que ce report serait défavorable au vote CGT ?

Le report risque de favoriser l'abstention qui est déjà « naturelle » sur ce type de scrutin : je rappelle qu'il y a eu seulement 10 % d'électeurs au scrutin de 2012. Et l'abstention ne favorise pas la CGT, c'est une évidence que l'on constate à chaque élection professionnelle.

 

Le gouvernement sème le trouble dans cette élection et va semer le doute chez des salariés souvent peu informés de leurs droits, isolés dans les petites boîtes. C'est une attaque politique en règle, une de plus, de ce gouvernement dit socialiste contre la CGT.

 

Que pensez-vous du pourvoi en cassation de la CGT pour faire invalider la participation du Syndicat des travailleurs corses (STC) à ces élections ?

Ce combat est tout à fait louable. Il correspond à nos valeurs. Le piège dans lequel il ne faut pas tomber, c'est le message qui va être martelé par le gouvernement : à savoir, le report des élections c'est la faute de la CGT. Non, trois fois non. C'est le gouvernement qui est responsable de la présence de cette liste aux élections. C'est le gouvernement qui est responsable du report. Un gouvernement d’ailleurs peu empressé à organiser ces élections.

 

Ce gouvernement qui, par la loi « travail », viole les droits des salariés et qui, aujourd'hui, leur vole leur droit d'expression. Malgré les difficultés pratiques, cela nous renforce dans la nécessité de mobiliser plus encore les salariés pour le vote CGT.

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