Lundi 27 février 2017
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Mis à jour le 16.02.2017 à 09h00 | Publié par Christine Morel – Photo : HAMILTON/REA
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Sixième suicide infirmier depuis l’été

hôpitalLe suicide d’un infirmier à l’hôpital Pompidou de Paris suscite l’émotion et la colère de la communauté hospitalière. Il y a 18 mois un médecin s’était donné la mort dans cet établissement. Le rapport de l’inspection du travail est accablant.

Sixième suicide infirmier depuis l’été

Dans la nuit du dimanche 5 au lundi 6 février, Emmanuel, infirmier qui travaillait en équipe de suppléance de nuit, s’est suicidé par « défenestration ». En blouse blanche et sur son lieu de travail, à l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), dans le 15e arrondissement de Paris. Le drame rappelle celui qui avait secoué ce même établissement il y a quatorze mois. Le 17 décembre 2015, le professeur Jean-Louis Mégnien, cardiologue, avait lui aussi mis fin à ses jours en se jetant du septième étage de l’HEGP, où il était revenu travailler trois jours auparavant après un arrêt maladie de neuf mois.

« Une usine à soins et une machine à broyer les agents »

« Il faut arrêter l’hécatombe ! L’hôpital Pompidou est devenu une usine à soins, une machine à broyer les agents. » C’est en ces termes que l’USAP-CGT Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) et le syndicat CGT HEGP s’insurgent contre « la politique de course à la productivité et de réduction des moyens, notamment humains » à laquelle ils n’ont de cesse de s’opposer. Ne niant pas qu’« un suicide est un acte individuel dramatique dont les motivations personnelles s’enchevêtrent et ne peuvent jamais être totalement élucidées », les deux syndicats CGT soulignent que « la dégradation des conditions de travail au jour le jour, les horaires déstructurés, la diminution des moments d’échanges humains et de fraternité dans les services entraînent fatigue, stress, souffrance, mal-être, aussi bien dans nos vies professionnelles que, en répercussion, dans nos vies familiales ».

Et ce nouveau geste fatal d’un soignant sur le lieu de travail (un médecin hier, un infirmier aujourd’hui), « ce n’est pas rien, cela signe a minima le fait qu’il n’y a pas trouvé le soutien dont il avait besoin », gronde l’Union syndicale Solidaires Sud Santé de l’AP-HP. « À l’HEGP tout particulièrement, les suicides se succèdent dramatiquement […] Méprisés au quotidien, pressurés dans nos activités, victimes de politiques managériales libérales, les hospitaliers sont à bout, les burn out sont nombreux, les passages à l’acte trop fréquents », poursuit le syndicat.

« Il faut que cela cesse ! »

Le drame survenu la semaine dernière à l’HEGP fait également écho aux suicides de cinq infirmiers cet été, qui ont marqué une communauté hospitalière clamant sa souffrance sans être entendue par sa ministre, Marisol Touraine : management dur et focalisé sur les résultats financiers, contraintes de temps et de charges de travail toujours plus fortes, restructurations incessantes, limitation des embauches… « Ces professionnels sont désemparés autant par les conséquences sur leurs patients, sur leurs proches et sur eux-mêmes » plaide la CGT.

« Il faut que cela cesse ! » lance l’Intersyndicat national des internes (ISNI) qui eux aussi  comptent leurs morts. L’ISNI dénonce l’inertie des pouvoirs publics : « Deux mois après les annonces ministérielles d’amélioration de la qualité de vie au travail et de lutte contre les risques psychosociaux, la liste ne cesse de s’accroître. Que cela soit sur le lieu de travail ou en sortant d’une garde de 24 heures, ces gestes de désespoir nous alertent sur le mal-être global des professionnels de santé. »

Face au malaise, Marisol Touraine a en effet dévoilé au début du mois de décembre un plan de 30 millions d’euros sur trois ans pour améliorer les conditions de travail  à l’hôpital – intitulé « Prendre soin de ceux qui soignent » – et nommé, en janvier, un médiateur national. Rien qui soit de nature à calmer le monde hospitalier qui, le 8 novembre dernier, avait manifesté par milliers dans toute la France à l’appel d’un mouvement unitaire inédit depuis une trentaine d’année. Ils entendaient dénoncer les cadences infernales, le manque de temps passé auprès des malades et demander une meilleure reconnaissance de leur travail.

« Les grands plans de communication du gouvernement et la mise en place des cellules psychologiques ne peuvent être les seules réponses apportées en termes de politiques de santé. L’humain doit, de toute urgence, reprendre sa place centrale au sein des établissements de soins » tempête la fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale. Avec ses homologues FO et SUD, elle appelle le personnel à faire grève et à manifester le 7 mars prochain « pour retrouver la dignité au travail et pouvoir exercer leurs missions auprès de toute la population ». (La mobilisation réunira les trois fonctions publiques à l’appelle de leurs fédérations.)

Le professeur Meignien victime d’un « homicide involontaire »

Suite au drame de la nuit du 5 au 6 février, une enquête a été diligentée par la direction de l’HEGP, et la cellule d’analyse des suicides a été saisie, en lien avec les membres du CHSCT. L’enquête, conduite localement et non déléguée, se déroulera alors que les deux inspecteurs du travail qui menaient celle concernant le suicide du professeur Mégnien viennent de rendre leur rapport. Au terme de plus d’un an d’entretiens avec les collègues du défunt, leurs conclusions, révélées le 9 février par Le Figaro, sont sans appel : le cardiologue a été victime d’un « homicide involontaire » . En d’autres termes, le médecin s’est jeté dans le vide depuis le 7e étage de l’hôpital à cause du harcèlement moral qu’il y subissait de la part de sa hiérarchie et de la direction, affirme le quotidien.

En raison de la gravité des faits rapportés, l’inspection du travail a donc établi un signalement auprès du parquet de Paris, comme le prévoit la loi. Avant son suicide, Jean-Louis Meignien n’avait cessé de dénoncer le harcèlement moral dont il était victime (suppression de son bureau et de sa secrétaire, attitudes méprisantes marquées, etc.) y compris auprès de la direction générale de l’AP-HP. Sans qu’aucune réponse n’ait été apportée. À ce stade, les conclusions de l’Inspection générale des affaires sociales sur ce même dossier devraient être intégralement rendues publiques et les directions d’hôpitaux suspectées de favoriser le harcèlement moral davantage rappelées à l’ordre, voire sanctionnées.

 

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