Lundi 27 février 2017
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Mis à jour le 16.02.2017 à 10h30 | Publié par Régis Frutier – Photo : DR
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Colère au centre de recherche d’Airbus à Suresnes

IndustrieLe berceau de la recherche d’Airbus est menacé de fermeture. Le 15 décembre dernier, plus de 200 chercheurs, ingénieurs et cadres se sont rassemblés devant le site pour exprimer leur exaspération face à un projet injustifiable socialement et industriellement.

Colère au centre de recherche d’Airbus à Suresnes

Fin 2016 Airbus a dévoilé son plan Gemini. Il prévoit notamment la suppression de 1164 emplois en Europe dont 640 en France d’ici à 2018. Le centre de Suresnes, spécialisé dans la recherche et développement (R&D) en aéronautique, pourrait ainsi tout simplement être rayé de la carte à cette échéance. C’est donc à un mouvement de révolte assez inhabituel dans ces catégories de personnel qu’on a pu assister le 15 décembre dernier. À l’initiative de l’UD CGT des Hauts-de-Seine et de la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT (FTM-CGT), un rassemblement avec conférence de presse était organisé devant le site.

Des choix délétères pour l’Île-de-France

L’entreprise est bénéficiaire et dispose d’un carnet de commandes astronomique qui flirte avec les 1 000 milliards, soit du travail assuré pour au moins dix ans. Pour autant, Airbus juge nécessaire de faire des économies. De quoi scandaliser Éric Robillot, délégué syndical central CGT du groupe et membre de la direction de la FTM-CGT : « Airbus n’a jamais justifié les causes des économies. D’un point de vue industriel, ils parlent de la digitalisation des fonctions support mais ne donnent aucune précision. Sur les suppressions de postes, nous avons demandé qui allait faire le travail une fois les postes supprimés. Si on est moins nombreux, il faut des robots qui travaillent plus vite, mais il n’y a pas de réponse non plus. C’est donc industriellement dangereux, économiquement non justifié et socialement scandaleux. »

Anne Giraudon, secrétaire générale de l’UD CGT 92, souligne à son tour le caractère inacceptable de ce projet qui, sur le seul volet emploi, aboutirait à la destruction de 308 emplois, et au transfert – essentiellement vers Toulouse – de 150 autres : « En dix ans, nous avons perdu 19 000 emplois industriels sur le département. Le salariat a évolué et est aujourd’hui majoritairement composé d’ingénieurs, cadres et techniciens. Cependant, les pertes d’emplois dans le secteur industriel se poursuivent. Nous avons besoin de garder une recherche et des ateliers en proximité. Ils s’attaquent à la recherche dans une logique de spécialisation des territoires. Or nous avons aussi besoin d’une R&D en Île-de-France. Les Hauts-de-Seine ont été le berceau de l’aéronautique et de l’automobile, or on est en train de tout perdre avec la destruction de toute industrie en milieu urbain. Dans le 92, il reste encore des entreprises avec de la recherche de pointe comme chez Thales et Renault. La fermeture du centre de Suresnes va aussi les impacter et affaiblir toute la R&D en Île-de-France, alors qu’il faudrait au contraire la renforcer. »

« Airbus se tire une balle dans le pied »

Le centre de R&D est un site historique issu de la volonté de l’État. Il se place en amont dans la technologie des ­avions et satellites de demain. Or, actuellement, les chercheurs dénoncent le fait qu’il n’y a pratiquement plus aucun projet, explique encore Éric Robillot : « S’il n’y a plus rien dans les bureaux d’études et centres de recherche, il y aura des répercussions d’ici cinq à dix ans dans les usines. Nous essayons aussi de porter le sujet en dehors de Suresnes et de la R&D. C’est l’intérêt de tout le groupe qui est en jeu, et au-delà. Si nos collègues de Thales veulent des calculateurs du futur, il faut que nous ayons des projets dans nos tiroirs. Idem pour les moteurs du futur avec Safran. Le choix actuel d’Airbus revient à se tirer une balle dans le pied pour l’avenir. »

Le succès d’Airbus, dont le carnet de commandes est plein, résulte des investissements et de la recherche sur le long terme effectués dans le passé. Mais quid de l’avenir qui se prépare aujourd’hui ? « La stratégie de non-investissement est mortifère parce que notre avance technologique va fondre et ne sera pas éternelle. La concurrence, chinoise par exemple, ne tardera pas à nous rattraper », affirme Michel Molesin coordinateur CGT du groupe.

La finance ou l’industrie

Pour Anne Giraudon, c’est la financiarisation de l’économie qui conduit à la suppression de la R&D. Dans cette situation, l’État ne saurait rester spectateur : « L’entreprise reçoit des sommes faramineuses au titre du CICE et du crédit impôt recherche. Cet argent public va aux actionnaires et aux primes du patron, tandis qu’ils ferment le site de Suresnes et suppriment des emplois allant jusqu’au licenciement sec en R&D. Or, on peut garder le site de Suresnes et on doit investir dans la R&D. Nous posons aussi la question de la réappropriation publique d’une entreprise comme Airbus. »

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