Lundi 24 avril 2017
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Mis à jour le 18.04.2017 à 09h00 | Publié par Véronique Lopez – Photo : DR
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Urgence pour la santé

Protection socialeLes assises de la santé, organisées par le comité régional CGT Auvergne-Rhône-Alpes, se dérouleront à Bron, le 20 avril. Seconde édition d'un rendez-vous impulsé par le comité régional dont le premier s'est tenu à Clermont-Ferrand, dix jours plus tôt. Retour sur les enjeux d'un système de santé mal en point et les propositions syndicales.

Urgence pour la santé

Dès 9 heures du matin, ce lundi 10 avril, la salle de la Maison du peuple de Clermont-Ferrand affiche complet. Quelque 200 militants CGT – principalement issus des professions de santé, de l’action sociale, des organismes sociaux, ou encore les élus et mandatés CGT des organismes paritaires de santé et de protection sociale – se sont rendus à une journée d’études sur la santé organisée à l’initiative du comité régional CGT Auvergne-Rhône-Alpes. C’est lors de leur dernière conférence régionale commune que les deux comités régionaux ont décidé de lancer une campagne pour le droit à la santé et la reconquête de la Sécurité sociale.

Après ce premier rendez-vous clermontois, une seconde édition aura lieu le 20 avril à Bron, près de Lyon et les débats d’un bout à l’autre de cette grande région s’organisent autour de quatre tables rondes :

– Quelle organisation de système de santé pour répondre aux besoins

– Bien travailler pour bien vivre : les enjeux de la prévention

– Bien vieillir aujourd’hui et demain : pour une société de tous les âges

– La protection sociale et son financement pour répondre aux besoins sociaux.

 

À la tribune, en guise d’introduction, Rosa Da Costa, secrétaire du comité régional CGT Auvergne dresse le bilan des politiques libérales qui, depuis les années 1980, ne cessent de rogner les droits des patients et de déconsidérer les soignants : « Forfait hospitalier en 1983, schéma régional de l’organisation sanitaire en 1991, plan Juppé en 1995, tarification à l’acte – la célèbre T2R – à l’hôpital en 2007, la loi Hôpital, patient, santé, territoires de 2009 qui crée les agences régionales de santé (ARS). Dans les années 2012 et suivantes, c’est la loi de finances de la Sécurité sociale avec des budgets toujours en baisse. Enfin, en 2016, la loi Touraine et ses groupements hospitaliers de territoire (GHT). » Cette succession de casse de la santé publique porte ces fruits qui ont le mauvais goût de l’injustice : « En2017, plus de 30 % des assurés sociaux renoncent à ses droits, renoncent à se faire soigner. Ils étaient “seulement” 13 % en 2011. »

 

Dégradation des soins, perte de sens des métiers

Sur le terrain, ces politiques ont des applications concrètes. On ne compte plus les regroupements d’établissements de soin et ses conséquences : les restructurations de service et les fermetures de lits à l’hôpital. Jacques Cocheux, secrétaire de l’union départementale des syndicats de la santé et de l’action sociale et membre du conseil de surveillance de l’ARS, en dénonce la philosophie qui consiste à transformer les lits en places à rentabiliser, qui limite l’hospitalisation à deux ou trois jours « pour ensuite livrer les patients aux grands groupes de santé privé ».

 

Développer des centres de santé publique

Venu de Seine-Saint-Denis, où il exerce en tant que médecin urgentiste, Christophe Prudhomme, délégué santé CGT, dénonce la désertification des territoires, qu’ils soient ruraux ou en banlieue. Dans le 93, « il n’y a pratiquement plus de médecin traitant pour les personnes âgées », s’alarme le professionnel avant de détailler les solutions pragmatiques : « Former plus de professionnels, supprimer le numerus clausus pour les médecins et les infirmières, mais aussi développer les centres de santé avec un personnel salarié, loin des cabinets libéraux à la papa. »

Dans la salle, les propos des participants aux tables rondes viennent illustrer in vivo les difficultés auxquelles sont confrontés soignants et patients. Les conflits locaux sont largement évoqués telle la lutte contre les suppressions de postes à l’hôpital de Brioude et celle pour l’obtention d’un scanner promis pour 2018… depuis dix ans.

 

Professionnels et patients mal en point

Au micro, les salariés de la clinique privée de l’Auzon, du groupe Ramsay-Générale de santé (filiale psychiatrique) – premier groupe marchand de santé privée en France – sont venus dénoncer l’intervention des forces de police pour réquisitionner le personnel en grève depuis le 29 mars. Les revendications portent aussi bien sur le calcul des congés payés que sur les NAO (négociations annuelles obligatoires), les salaires et les conditions de travail. Un mouvement largement suivi par le personnel, qui est l’expression générale de la détresse des soignants des secteurs privé et public. « Il manque des lits dans les hôpitaux. Les méthodes de management du personnel sont inacceptables », explique Christophe Prudhomme.

 

De fait, dans le public, les paroles se font poignantes : « On crève de faire du mal-travail », tempête un agent hospitalier. Sans se connaître, Patricia et Souad, aides-soignantes en EHPAD, relatent une même réalité : leur souffrance à devoir chronométrer les soins à dispenser aux patients – « six minutes pour faire la toilette d’une personnes âgée, c’est n’importe quoi », dit l’une. Les douches qui se raréfient et l’heure des repas, de plus en plus tôt, qui s’apparentent à du « gavage de patients », relate l’autre. Bref, « il ne fait pas bon vivre, ni travailler en EHPAD», résume une troisième intervenante. Les témoignages sont forts. Ils donnent la mesure de ce que vivent ces professionnels, qui ne sont perçus que comme des coûts alors qu’ils remplissent une mission noble. Ces métiers, vitaux pour tous, mériteraient une reconnaissance salariale à la hauteur de leur utilité sociale.

 

Choix de société, choix politique

Santé au travail, médecine préventive, reconnaissance de maladies professionnelles, vieillissement de la population… autant de grands thèmes économiques et sociaux qui ont été également abordées en cette journée d’étude. L’occasion de rappeler que la CGT est porteuse de propositions pour refuser la marchandisation des soins, stopper la pandémie libérale qui gangrène l’hôpital et promouvoir une sécurité sociale intégrale.

 

À quelques jours seulement de l’élection présidentielle - et alors que nombre de candidats menacent de sabrer plus encore les droits des assurés sociaux - l’enjeu est d’importance pour sauver ce « droit fondamental qui doit être garanti à tous », comme l’a rappelé Mireille Carrot de l’Union Syndicale Départementale Santé et Action Sociale de la Loire, membre de la Commission exécutive confédérale. Une manière pour la CGT de peser dans le débat public et proposer d’autres voies de progrès en matière de santé et de protection sociale.

 

Prochaine édition de ces assises « pour le droit à la santé et la reconquête de la Sécurité sociale » le 20 avril à Bron, à l’espace culturel Albert-Camus, 1, rue Maryse-Bastié. De 9 heures à 17 heures.

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