Lundi 24 avril 2017
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Mis à jour le 18.04.2017 à 11h00 | Publié par Régis Frutier – Photo : Mairam Guisse / Maxppp
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L’aéronautique ne doit pas s’envoler

INdustrieLes annonces de transfert d’emplois à Dassault Argenteuil (Val-d’Oise) et Airbus Suresnes portent atteinte à l’avenir même de la filière aéronautique en Île-de-France. Mais la CGT a des idées pour un plan B.

L’aéronautique ne doit pas s’envoler

Berceau de l’aéronautique et de sa R&D, le 92 n’en finit pas d’accumuler les mauvaises nouvelles, comme la fermeture de son centre historique à Meudon. Le Val-d’Oise tout proche n’est pas en reste : à la fin de l’année dernière, on a appris le projet de transfert de 350 emplois parmi les 940 du site Dassault d’Argenteuil. Les salariés concernés seraient envoyés essentiellement vers Seclin (59) et Mérignac (33), mais ceux qui restent redoutent aussi qu’une seconde vague d’annonces ne leur soit réservée après l’élection présidentielle, avec in fine la disparition pure et simple de leur site. En outre, le siège de Saint-Cloud (92) est aussi menacé de délocalisation vers Mérignac. Ce n’est pas mieux chez Airbus Group où le plan Gemini prévoit 1164 suppressions d’emplois en Europe, dont 640 en France d’ici 2018. Pour les Hauts-de-Seine, la première victime est le centre historique de Suresnes, spécialisé dans la recherche et développement. Le centre serait fermé d’ici la fin de l’année prochaine avec la destruction de 308 emplois, et le transfert – essentiellement vers Toulouse – de 150 autres. L’ouest parisien se vide ainsi peu à peu de toute son activité aéronautique pour se relocaliser sur deux pôles : le civil en Midi-Pyrénées et le militaire en Aquitaine. « Ils veulent fermer pour réaliser des opérations immobilières et installer des logements de luxe », s’insurge Anne Giraudon, secrétaire générale de l’UD CGT 92. « Ils voudraient que tout cela devienne un pôle de la finance. Or il faut combattre cette désindustrialisation, car si on perd de l’industrie on va aussi perdre des services publics, y compris dans un département comme les Hauts-de-Seine. »

 

Qu’est-ce qui justifie de tels choix ? CICE (Crédit impôt compétitivité emploi), CIR (Crédit impôt recherche), prêts verts, prêts robotiques, prêts pour l’industrialisation, prêts numériques, etc, l’argent public a coulé à flots ces dernières années pour aider le secteur aéronautique à moderniser. Sauf qu’au lieu d’investir dans l’avenir, le patronat l’utilise comme un effet d’aubaine pour restructurer. C’est ce qu’estime la CGT Dassault qui a décidé d’une campagne pour un autre avenir.

 

La CGT Dassault veut investir dans l’avenir industriel

Le 17 mars dernier, 250 salariés se sont rassemblés devant l’usine Dassault d’Argenteuil et le syndicat y a présenté son plan B. En effet, au-delà des mutations imposées aux personnels avec des familles qui sont contraintes de s’exiler vers d’autres régions, le dépeçage du site générera une perte de compétences et, à terme, une perte de maîtrise technologique, qui est malheureusement déjà entamée : « Le savoir accumulé depuis des décennies n’est plus transmis et ils ont enlevé 140 millions d’autofinancement pour la R&D en 2016 », dénonce Emmanuel Dumoulin élu CGT du site Dassault Argenteuil. Pour y remédier, la CGT propose donc la création d’un campus Dassault-Aviation visant à pérenniser les connaissances et à développer les innovations avec des échanges universitaires. La CGT croit en la proximité entre recherche et production. Elle milite pour obtenir sur les différents sites des bureaux d’étude jumelés à des antennes du campus Dassault. Alors que l’État s’est engagé sur une enveloppe de 4,8 milliards d’euros pour moderniser la production dans le cadre du plan « Usine du futur », le syndicat propose de construire une usine neuve à Saint-Ouen-l’Aumône (95). La CGT Dassault propose aussi de diversifier les produits et d’offrir de nouveaux services.

 

Dans le cadre de la transition énergétique, l’expertise et les compétences des bureaux d’étude en matière d’aérodynamique, de mécanique ou de dessin pourraient aisément être mises au service de la conception et la production d’éoliennes, d’hydrolienne ou se tourner vers d’autres activités telles que les dirigeables ou le spatial… Une coopération pourrait aussi être engagée avec l’Inde pour développer un nouvel avion d’entraînement et remplacer les antiques Alfajet. Une autre piste de diversification des activités consisterait à valoriser les avions en fin de vie. Enfin, les milliers de tonnes de matériaux stratégiques, plastiques ou composites qui polluent l’environnement pourraient être aussi recyclées par Dassault…

 

L’avion électrique foudroyé

De quelle industrie aéronautique et spatiale disposerons-nous dans quinze ans si on n’investit pas dans de nouveaux projets ? Parmi les pistes de diversification, la CGT Dassault propose notamment de participer au développement d’un petit avion 100 % électrique appelé E-Fan. Ce projet faisait partie d’un des 34 plans industriels présentés en 2013 par Arnaud Montebourg, à l’époque ministre du Redressement productif. Or, c’est un véritable coup de poignard qui vient d’être porté par Airbus Group qui, en date du 10 mars dernier, a annoncé l’arrêt de ce programme. Airbus avec un carnet de commandes plein pour dix ans, ne prévoit aucun nouveau programme. Le prochain nouvel avion, un ATR, n’est prévu qu’en… 2030. On voudrait tuer une filière industrielle de pointe qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Dans l’immédiat, la CGT Airbus exige l’arrêt des suppressions d’emploi dans l’aéronautique et demande une enquête parlementaire sur l’utilisation des fonds publics qui aboutissent à de telles aberrations.

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