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Europe : le débat confisqué

Frédéric Dayan
21 mai 2019 | Mise à jour le 21 mai 2019
Par | Rédacteur en chef adjoint
Dimanche prochain la séquence politique des élections européennes sera derrière nous sans que les enjeux sociaux et environnementaux et les urgences qu’ils sous-tendent n’aient été traités.

Avec un manichéisme nauséabond, Emmanuel Macron aura surfé à la fois sur la peur de la poussée fasciste et sur la thématique de l’immigration. Et la fille Le Pen aura tenté de détourner la légitime colère sociale qui s’exprime depuis 6 mois avec les Gilets Jaunes pour faire de ces élections un référendum contre Macron. Cette nouvelle bipolarisation du paysage est d’abord immédiatement profitable à Macron qui entend non pas réduire l’influence de l’extrême droite, mais exploiter le résultat pour accélérer et amplifier la mise en œuvre de son programme.

Leur petit jeu politicien est non seulement infect mais il est aussi dangereux. Ce gouvernement incapable d’apporter une réponse politique et sociale à la crise que subissent des millions de citoyens, foule aux pieds la démocratie sociale, cornerise les syndicats et exerce une violence policière dénoncée de tous côtés. Il fait ainsi le lit de ceux qu’il prétend combattre car le vote d’extrême droite se nourrit des inégalités, de l’injustice, de la brutalité et de la violence sociale. Il se gave aussi de l’abstention massive née du dégoût pour la politique et de la désespérance sociale.

La semaine passée à Dijon où la CGT tenait congrès, ces questions ont bien entendu traversé les débats. Invitée par la CGT à venir dédicacer son dernier ouvrage, Le président des ultrariches, et en débattre avec Philippe Martinez, la sociologue Monique Pinçon-Charlot qui travaille depuis plus de 30 ans sur les riches, disait avoir « vu le capitalisme changer de forme. On est passé d’un capitalisme paternaliste et industriel à un capitalisme financier sans foi et qui veut s’affranchir de toute règle collective ». Mais la sociologue, toujours pétillante et pugnace, affirmait que même si la situation est grave, même si tout semble « foutu » ou presque, ce n’est pas une raison pour baisser les bras.

Ne pas baisser les bras, ne pas baisser la garde face aux fascistes, c’est bien dans cette séquence politique aussi la responsabilité des organisations syndicales. Pas question de se taire en attendant que ça se passe, pas besoin non plus de choisir et arbitrer les divisions d’une gauche qui peine à imposer les questions sociales dans un débat politique européen confisqué par Macron et Le Pen. Encourageons les salariés à voter mais, surtout dans cette période, à se mobiliser. Par exemple dès le vendredi 24 mai pour le climat.