À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT

Un Président hypernormal

Rédaction NVO
2 avril 2014 | Mise à jour le 12 décembre 2016
Par
En confirmant sa volonté de mettre en œuvre, sans tarder, la politique d'inspiration libérale esquissée en janvier et en nommant Manuel Valls premier ministre, le président semble vouloir jouer à quitte ou double.

Il ne fallait certes pas être grand clerc pour prédire que les élections municipales ne seraient guère favorables à la gauche. La seule question en suspens était celle de l'ampleur de la défaite. Et encore. N'écrivions-nous pas, ici même, le 12 novembre dernier, combien la coupure d'avec le pays réel pouvait se payer cher ? « Dans les sondages où semaine après semaine l'exécutif bat tous les records d'impopularité et bientôt dans les urnes, disions-nous, tant on voit mal ce qui pourrait empêcher cette impopularité grandissante de se transformer en déroute électorale ».

Ce fut finalement une Bérézina. C'est, comme le rappelait Gérard Courtois dans Le Monde au lendemain du premier tour, l'illustration implacable de la loi dite « de Parodi ». Laquelle veut que les élections intermédiaires soient marquées par un recul électoral de la majorité au pouvoir. L'ampleur de la défaite dépendant de l'impopularité de l'exécutif et de la capacité des oppositions à nationaliser l'élection en se mobilisant sur le thème du vote sanction. Tout était donc réuni pour une cuisante défaite.

Lui, Président « normal »

Reste à s'interroger sur ce résultat « normal » d'un président « normal ». Car « normal » il le fut. Et plutôt deux fois qu'une… en emboîtant le pas de ses prédécesseurs. Lui président, les Français ont vite été déçus. Lui président, bon nombre de promesses ne furent pas tenues. Lui président, son comportement ne fut pas toujours exemplaire. Lui président, des proches sombrèrent dans les affaires. Lui président, on distribua, sans condition, des milliards aux patrons. Lui président, il fut sourd aux plus légitimes revendications. Lui président, l'Europe continua comme avant.

Lui président, la finance put dormir sur ses deux oreilles. Lui président, la France fit obstacle à la taxation des transactions financières. Lui président, s'occupe d'à peu près tout. Lui président, le parti du socialisme municipal vient de perdre les élections locales. En attendant les européennes, les sénatoriales et sans doute les régionales… Car lui président, il a réussi à remettre en selle une droite divisée, discréditée, minée par les affaires politico-judiciaires et bien en peine d'ébaucher la moindre solution pour sortir le pays des difficultés.

Quelles leçons tirer du scrutin ?

En bon observateur de la réalité politique, le président a tiré publiquement les leçons du scrutin. « Pas assez de changements et donc trop de lenteur. Pas assez d'emplois et donc trop de chômage. Pas assez de justice sociale et trop d'impôts. » Bref, « mécontentement » et « déception » sur fond « de crise civique et même morale » expliquent les résultats calamiteux de la majorité présidentielle. Las, si l'analyse ne manque pas de pertinence, les choix sur lesquels elle débouche ne laissent pas de surprendre. En nommant comme premier ministre Manuel Valls, le représentant de l'aile la plus droitière du Parti socialiste, le président prend en effet le risque de diviser un peu plus son camp sous le choc d'une défaite que de nombreux députés mettent sur le compte de l'abandon et des valeurs et des mesures de gauche.

Le second choix est plus préoccupant encore. En confirmant la volonté de mettre en œuvre, sans tarder ni trembler, la politique d'inspiration libérale esquissée en janvier, le président semble en effet vouloir jouer à quitte ou double. Ce choix, à l'exact opposé de l'attente exprimée le 30 mars par nombre d'électeurs, ravale le « je vous ai compris » hollandais à une pure et simple fin de non-recevoir. Et pourrait bien, après la Bérézina municipale, déboucher, pour la gauche, sur un Waterloo dont on imagine mal toutes les conséquences.