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Noiriel livre une « Histoire populaire de la France »

6 octobre 2018 | Mise à jour le 19 octobre 2018
Par | Photo(s) : DR
Noiriel livre une « Histoire populaire de la France »

Gérard Noiriel, né le 11 juillet 1950 à Nancy, est l'un des pionniers de l'histoire de l'immigration en France. Il s'est aussi intéressé à celle de la classe ouvrière et a animé, dans les années 1970, une émission d'histoire au micro de la radio Lorraine cœur d'acier. Directeur d'études à l'EHESS depuis 1994, il a notamment publié Le Creuset français, en 1988, et Les Origines républicaines de Vichy, en 1998. Très engagé dans l'éducation populaire, il pilote de nos jours l'association Daja qui œuvre en faveur de
la démocratisation de la culture. Ce socio-historien revient sur l'histoire du peuple de France et ses grandes luttes émancipatrices. Quand le passé éclaire le présent…

Pourquoi  vous  lancer  dans cette histoire populaire de la France ?

Les éditions Agone m'ont proposé de faire ce que l'historien Howard Zinn avait réalisé dans les années 1970 avec Une histoire populaire des États-Unis. J'ai recentré mon travail non sur les classes populaires, à l'instar de l'historienne Michelle Zancarini-Fournel, mais sur la question du « populaire », qui est une relation sociale impliquant les dominés et les dominants.

On  voit  dès  le  Moyen  Âge  une obsession  des  puissants  à  vouloir mettre les indigents au travail…

La question du travail surgit avec l'apparition d'une séparation entre les « bons » et les « mauvais » pauvres. Le vagabondage est criminalisé à la fin du Moyen Âge par Jean II dit « le Bon », qui prend des ordonnances de « mise au travail ». Celui qui ne travaille pas, on le met en prison, on le cloue au pilori. C'est d'une grande violence.

Vous vous attardez sur le vocabulaire employé pour désigner les classes populaires.

Jusqu'au XVIIIe siècle, il est très péjoratif. On parle de « populace », les ouvriers sont qualifiés de « barbares aux portes de nos villes » et les paysans « d'étrangers », voire de « sauvages ». On a oublié ce racisme de classe jusqu'au début de la IIIe République. La parole populaire fait irruption dans l'espace public au XIXe siècle avec l'accès à l'instruction et l'arrivée des journaux tenus par des ouvriers, qui se mettent à dénoncer cette  humiliation.  La  bourgeoisie  va alors  parer  le  peuple  de  toutes  les vertus, car les élites dépendent désormais  du  vote  des  classes  populaires. La  suspicion  et  les  insultes  glissent vers les étrangers et les colonisés.

La notion de « peuple indésirable » est au cœur de votre ouvrage.

Dans les années 1930, « l'indésirable », c'est l'étranger fuyant les persécutions. Quand éclate la guerre, même les Juifs allemands qui ont fui le nazisme sont suspectés de déloyauté vis-à-vis de la République et internés. S'agissant de la déchéance de nationalité en 1927, un député déclarait : « La République forge un instrument qui, manié par d'autres mains, pourra servir la répression politique. » Cela s'est produit avec Vichy.

Les insurrections sociales, nombreuses dans l'histoire de France, n'ont jamais été tout à fait vaines.

L'exemple le plus frappant est 1848, quand les révolutionnaires chassent Louis-Philippe. La première mesure, c'est le suffrage universel masculin. Même vaincu, le peuple influe toujours sur le cours de l'histoire, il est impossible d'effacer la trace de ses combats.

Quelles leçons tirer du gouvernement de Front populaire de 1936 ?

C'est le réveil de la combativité ouvrière qui le permet. La France était très en retard sur le plan des droits sociaux face aux États-Unis, l'Angleterre ou l'Allemagne. En 1936, des revendications sociales jugées utopiques deviennent légitimes et sont adoptées. Les dominants ne veulent jamais céder leurs privilèges. Mais, quand ils y sont obligés, ils inventent des solutions. Macron prétend que la lutte des classes est une utopie dépassée, mais tous les acquis sont la conséquence de luttes !

Les révolutions surgissent-elles quand personne ne les attend ?

J'ai pris plaisir à citer de grands intellectuels qui pensaient que les révolutions, c'était fini. Et soudain, en éclatait une nouvelle ! Elles peuvent surgir à tout instant, c'est aux jeunes générations de les inventer. L'avenir nous prépare des révolutions là où l'on ne s'y attendra pas.

Article paru dans Ensemble ! d'octobre 2018