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5 Février

Au marché de Rungis la convergence des colères

5 février 2019 | Mise à jour le 5 février 2019
Par | Photo(s) : Samuel Boivin/ABC/Andia & Urif CGT
Au marché de Rungis la convergence des colères

Quelques centaines de manifestants CGT et Gilets Jaunes ont bloqué les entrées principales du marché de Rungis dans la nuit du 4 au 5 février 2019, dans le cadre de la journée de grève nationale, paralysant pendant plusieurs heures tout le trafic sur le plus grand marché d'Europe .

Dans le sillage des mobilisations des gilets jaunes et dans les starting-blocks de la journée de grève et de manifestation du 5 février, 800 militants du Val-de-Marne et d'Île-de-France ont envahi le MIN de Rungis. Leur objectif : perturber l'activité économique pour se faire entendre du président Macron. Ils exigent la hausse du SMIC à 1800 euros, des niveaux de salaire et de retraite permettant d'en vivre et non d'en survivre et une société démocratique fondée sur la justice fiscale et sociale.

Comme c'est l'usage dans les grands concerts, l'appel national à la grève du 5 février lancé par la CGT aura eu sa « première partie ». Dès minuit, ce mardi 5 février, les deux principaux péages d'accès au Marché d'intérêt national de Rungis (Val-de-Marne) celui de porte de Thiais et celui de Chevilly-Larue ont été envahis, puis bloqués jusqu'aux aurores par près d'un millier de militants franciliens de tous bords, énergéticiens, cheminots, salariés du commerce et des services, de la construction, de l'intérim, fonctionnaires territoriaux, soignants de l'hôpital public ou d'Ehpad.

Avec eux, en très grand nombre, des travailleurs sans papiers ou migrants, pour la plupart employés précaires sur le MIN de Rungis. Et des gilets jaunes.

Pénaliser l'activité économique du Marché

Sur le barrage de Thiais, la NVO a pu mesurer l'importance stratégique du savoir-faire de la CGT en matière d'organisation d'actions de cette envergure : « Bloquer l'activité du premier marché européen d'intérêt national ne va pas de soi », prévient un militant de la CGT du Val-de-Marne. « Vous le constatez tous ici, une action comme celle-là, ça s'organise, ça se prépare, et ça suppose que celles et ceux qui y participent soient bien conscients de l'objectif commun : pénaliser les intérêts économiques des entreprises qui nous exploitent pour un salaire de misère », annonce au micro un militant CGT organisateur de la manifestation.

« Si les camions ne passent pas, leur chiffre d'affaires, ils peuvent s'asseoir dessus », assure-t-il. Entre les explosions de joie et les salves d'applaudissements sonores qui ponctuent ses propos, l'orateur doit calmer le jeu pour poursuivre : « Gilets rouges, gilets jaunes, gilets blancs, travailleurs sans papiers, vous tous qui êtes réunis ici aujourd'hui, vous le voyez, la convergence des colères, c'est ça, et c'est ça que nous devons construire pour obliger Macron à ravaler sa morgue et à entendre nos revendications » !

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Barrer la route aux livraisons des marchandises

Pour bloquer le MIN, il faut rester en nombre sur les péages et tenir le barrage pendant des heures, surtout entre 2 h et 5 h du matin quand affluent en nombre considérable les camions de livraison de marchandises. La plupart des conducteurs de ces gigantesques engins travaillent pour le compte des grandes entreprises de l'agroalimentaire. Mais ils sont pour la plupart salariés d'une cascade de sous-traitants.

Et, même s'ils s'agacent du blocus à l'entrée du MIN, ils ne cherchent pas à forcer le barrage. Souvent empathiques avec les arguments des militants, la plupart d'entre eux approuvent l'action. D'autres, moins conciliants et pour l'essentiel salarié de TPE ou autoentrepreneurs, veulent prendre langue avec les manifestants.

Eux aussi tiennent à dire tout le mal qu'ils pensent de cette action de blocage : « Vous vous rendez compte que vous risquez de ruiner l'entreprise qui m'emploie ? », interroge un conducteur de camionnette de livraison de fleurs. « Oui monsieur, mais vous, comprenez-vous qu'on ne peut pas accepter des salaires de misère », lui rétorque un gilet jaune estampillé « Macron, rends-nous le pognon de dingues ».

Après le Marché de Rungis, blocage des transports publics

Chargé par un convoi de gendarmes des unités mobiles, le barrage de Chevilly-Larue a été démantelé sur les coups de 3 h 30, après avoir provoqué un embouteillage monstre depuis l'autoroute A6 jusqu'aux portes d'accès au MIN de Rungis. Vers 4 heures du matin, face au barrage du péage de la porte de Thiais, la police s'active à son tour, à l'abri de ses boucliers, comme pour annoncer la charge contre le barrage.

La confrontation, distanciée de quelques centaines de mètres entre les deux fronts n'a pas basculé dans la répression sauvage, « mais il s'en est fallu de peu », assure un syndicaliste. Vers 5 h du matin, alors que l'objectif de pénaliser l'activité du MIN est atteint, les militants du péage de Chevilly-Larue ont rejoint celui de la porte de Thiais. Il est encore trop tôt pour se rendre à la manifestation parisienne qui démarrera à 14 h. Mais pas trop tard pour donner des suites au blocage du MIN.

Au micro du camion de la CGT 94, un militant de la RATP invite à aller bloquer un poste de bus situé non loin de là. Tandis que sur le péage de Thiais, les feux de palettes s'essoufflent, l'inventivité militante s'offre un second souffle.