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La cuisse gauche de Jupiter

Frédéric Dayan
13 juin 2018 | Mise à jour le 13 juin 2018
Par | Journaliste
Y aurait-il parmi les « marcheurs » de LREM quelques états d'âme après un an d'une furia réformatrice ? Apparemment la réponse est oui. La note adressée au chef de l'État par trois économistes très proches du chef de l'État, Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry, semble en effet révéler quelques cas de conscience.

Ces trois inspirateurs du programme économique et social du candidat Macron dressent un bilan peu flatteur d'un an de gouvernance jupitérienne déplorant en particulier « l'image d'un pouvoir indifférent à la question sociale ». Indifférent ? C'est peut-être injuste… car ce gouvernement travaille au contraire les questions sociales au quotidien… mais c'est pour mieux détricoter, raboter, stériliser ce qui reste de notre « modèle social ».

La note révélée par Le Monde en plein débat sur les aides sociales a eu au moins le mérite de provoquer quelques recadrages et mises au point sur les intentions du gouvernement qui se défend désormais de vouloir clarifier, rendre plus lisible ces aides plutôt que d'y appliquer un vigoureux coup de rabot. Les trois économistes suggèrent donc de ne pas « réduire la prime d'activité », qui « permet à la fois de réduire la pauvreté des travailleurs modestes et d'inciter au retour au travail à un moment où les difficultés de recrutement apparaissent ». Toujours en matière d'emploi, ils proposent la mise en place d'un « bonus-malus » sur les contrats courts et de « réduire la durée d'indemnisation lorsque le chômage baisse, éventuellement avec modulation par secteur/qualification/localisation ».

Ils proposent également de taxer plus sévèrement les grosses successions et repousser la suppression de la taxe d'habitation des 20 % de foyers français les plus aisés. Cette note vient confirmer que Jupiter passe bien pour le « président des riches » voire des « très riches » comme l'a ironiquement affirmé son prédécesseur. Cette image ne lui colle pas à la peau en raison du prix de ses costumes et de ses mocassins, mais bel et bien à cause de la nature de son action et à son bilan provisoire. Les rédacteurs de la note jugent les ministres « politiques » trop étiquetés à droite et que le message social peine à trouver une voix forte à l'intérieur du gouvernement. On pourrait aussi ajouter qu'il y manque une voix forte pour porter les questions écologiques et environnementales, mais qu'en revanche, il n'y manque pas une oreille pour porter la voix des lobbys.

Cette note « confidentielle » dont on nous dit qu'elle a été commandée par l'Élysée et « lue avec attention » par le chef de l'État ne l'engage en rien. Elle n'est donc pas comme l'hirondelle annonciatrice d'un printemps pour le social et encore moins d'une quelconque inflexion sociale. On vient d'en avoir encore une preuve avec l'annonce par un député LREM d'un projet de baisse des cotisations patronales d'assurance chômage, dans une logique d'universalisation du régime. L'exécutif persiste bel et bien à faire des cadeaux aux entreprises en nous faisant espérer un futur ruissellement des fruits d'une croissance retrouvée.