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Chantier action publique 2022 : un outil pour l’austérité et contre les services publics

Jean-Marc Canon
8 février 2018 | Mise à jour le 8 février 2018
Par | Secrétaire général de l’Union fédérale des syndicats de l’État

Le « Chantier action publique 2022 » (CAP 2022) a été initié par le Premier ministre par une lettre aux membres du gouvernement en date du 26 septembre 2017.

Si deux des principaux objectifs affichés peuvent parfaitement faire l'objet d'échanges — voire, sur le principe, susciter quelques points d'accord, les véritables buts recherchés qui sont explicitement mis en avant sont autant de points frontaux de désaccord, en tout cas avec la CGT. En effet, d'un côté est mis en avant le besoin « d'améliorer la qualité des services publics » et « d'offrir aux agents publics un environnement de travail modernisé en les impliquant pleinement dans la définition et le suivi des transformations », mais, de l'autre, l'exercice est immédiatement encadré par la nécessité « d'accompagner rapidement la baisse des dépenses publiques » et de « réduire de trois points la part de la dépense publique dans le PIB d'ici 2022 » et la volonté de « transférer des politiques publiques au secteur privé, voire des abandons de missions ».

Et ce n'est pas le « Comité Action Publique 2022 », installé par le Premier ministre en octobre 2017 qui est de nature à rassurer sur les intentions de Macron, Philippe et consorts. Celui-ci est composé de 31 membres dont la grande majorité est issue du giron des chefs d'entreprise et/ou de personnalités connues pour être acquises aux thèses les plus libérales.

Bref, ce long préambule est nécessaire pour bien comprendre que, dans ce domaine comme dans d'autres, les appels à la concertation et au dialogue social ne constituent pour nos interlocuteurs que des slogans destinés à masquer — bien mal au demeurant — leur volonté de passage en force. Et, l'objet de ce passage en force, nous ne le connaissons que trop ! Il s'agit de tailler encore dans les dépenses publiques socialement utiles, de réduire davantage les effectifs de la Fonction publique, d'ajouter à la précarisation déjà prégnante pour les dizaines de milliers d'agents, de remettre en cause le statut général sous couvert de « souplesse »…

Il n'y a malheureusement pas lieu de s'en étonner : libéraux et acquis aux vœux du patronat pour le secteur privé, Président de la République, Premier ministre et ministres ont la même verve lorsqu'il s'agit de mettre à mal les services publics pour mieux servir les intérêts du marché et la loi du profit. Pour autant, il faut absolument se garder de toute attitude qui laisserait à penser que nous serions face à un rouleau compresseur que rien ni personne ne sauraient arrêter.

Car l'espace existe bel et bien qui peut permettre de mettre en échec les prétentions exorbitantes du « camp d'en face ». Pour cela, nous avons besoin d'une CGT qui prenne à bras le corps l'ensemble des responsabilités que lui confère, pour le champ syndical, une telle situation.

Une telle démarche sous-entend plusieurs impératifs.

D'abord, pour juste et incontournable qu'elle soit, la simple dénonciation des projets gouvernementaux ne saurait suffire. Il est indispensable de mettre en avant – et de manière offensive — nos propositions, que ce soit évidemment en matière de pouvoir d'achat, de carrière, d'effectifs, mais aussi en termes de missions publiques.

En aucun cas, notre organisation syndicale ne doit prêter le flanc aux manœuvres qui tendent à nous présenter comme les chantres de l'immobilisme. C'est pourtant cette nécessité qui, corrélée à notre conception de la Fonction publique, doit nous conduire à mettre en avant un deuxième axe. Il s'agit de souligner combien notre projet met au centre l'usager. Plus que jamais, nous devons porter une vision d'un service public qui, tout en répondant aux besoins contemporains de la société, n'oublie rien de points fondamentaux comme l'égalité de traitement des citoyens, le développement de services publics de plein exercice et de proximité, la promotion de l'intérêt général en lieu et place des intérêts particuliers, des velléités partisanes et des diktats du capitalisme.

Enfin, nous devons proposer et construire l'unité syndicale la plus large sans que cette recherche, cela va de soi, nous conduise à une quelconque forme d'atonie. Certes, la situation actuelle est complexe. Certes, il ne suffit pas d'appuyer sur un bouton dédié pour que les mobilisations massives se mettent en ordre de marche.

Mais, ne sous-estimons pas nos atouts, surtout en matière de services publics auxquels, contrairement aux images complaisamment véhiculées, nos concitoyens sont très attachés. À partir d'une démarche alliant propositions, contestation et lutte nous avons les moyens que soient mises en œuvre des politiques en rupture avec celles menées actuellement, porteuses de progrès social partagé avec une Fonction publique renforcée.

 

Photo : Tiphaine Lanvin