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Macron : sous le vernis moderniste, les vieilles recettes libérales

Baptiste Talbot
19 mai 2017 | Mise à jour le 31 mai 2017
Par | Secrétaire général de la Fédération CGT des Services publics
Jouant à plein la carte de la jeunesse et de la nouveauté, le nouveau président de la République prétend incarner la modernité. Son programme se veut adapté aux nécessités de notre époque. À grand renfort de « transgressions », Macron prétend « rompre avec le système ». Il a même osé titrer son livre programme Révolution.

Une de ses déclarations illustre en quoi Macron n'incarne en réalité qu'une version mal ripolinée du vieux libéralisme anglo-saxon, inspirateur de politiques qui se caractérisent au plan planétaire par leur totale inefficacité en termes de progrès social.

En septembre 2015, dans un entretien au Guardian, il déclare :

« Ce que nous avons construit juste après la Seconde guerre mondiale n’est plus adapté à cette nouvelle économie et c'est ce qui rend la rupture nécessaire ».

La référence à la mise en œuvre du programme du Conseil national de la Résistance est ici évidente. Sont ainsi ciblés en particulier, la Sécurité sociale, les grands services publics en réseau, le statut de la Fonction publique, le paritarisme.

Continuité des politiques libérales

Plus largement, Macron entend poursuivre l'entreprise de démantèlement engagée par ses prédécesseurs en matière de droit du travail, de protection sociale, de périmètre des services publics, de démocratie de proximité.

S'agissant de l'action publique, les projets du nouveau président s'inscrivent de même dans la continuité des précédents quinquennats.

Sa volonté de mettre en extinction 25 départements sur le périmètre des grandes métropoles prolonge la logique mise en œuvre par Sarkozy et Hollande de montée en puissance des entités métropolitaines. Cette volonté de concentration des moyens et lieux de décision découle de la logique de concurrence économique internationale, au détriment de la démocratie et de la réponse aux besoins des populations dans la proximité.

Moins 120 000 fonctionnaires

En matière d'emploi public, Macron entend supprimer 120 000 postes de fonctionnaires d'ici la fin du quinquennat, dans les services de l'État et dans la Fonction publique territoriale. Déconnectée de toute prise en compte de la dynamique démographique de notre pays, cette visée rappelle furieusement le non remplacement sarkozyste d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et les suppressions de postes opérées par Hollande dans les secteurs décrétés non-prioritaires.

Son objectif d'une réduction massive de 60 milliards de la dépense publique constitue de même une poursuite des coupes opérées par ses deux prédécesseurs, à l'image de celles menées par d'autres chefs de gouvernement – Blair, Schröder, Reagan, Thatcher… – eux aussi inspirés par les théoriciens libéraux.

L'unicité de la fonction publique mise en cause

En matière de garanties statutaires, au motif éculé de la volonté d'en finir avec les rigidités et les conservatismes, Macron entend affaiblir le statut des fonctionnaires, sans jamais assumer qu'il abaisserait ainsi le niveau des protections contre le recrutement clientéliste, la corruption, le favoritisme dans le service rendu aux usagers, la politisation des administrations.

En instaurant une valeur différenciée du point d'indice pour les territoriaux, il entend rompre l'unicité de la Fonction publique, affaiblir durablement celle-ci et réaliser ainsi les vieux rêves de tous ceux qui ont combattu le Statut depuis sa création.

Avec la mesure discriminatoire portant sur le rétablissement du jour de carence initié par Sarkozy, Macron reprend à son compte le vieux cliché populiste du fonctionnaire nanti et tire-au-flanc.
Macron entend donc poursuivre les politiques d'austérité menées ces dernières années, qui sont en échec tant en France que dans le reste du monde, du point de vue des résultats économiques, du développement de l'emploi, de la réponse aux besoins de service public, de la cohésion sociale. Ces recettes éculées sont massivement rejetées par les populations et font le lit de l'extrême droite.

Devenir une majorité de lutte conquérante

Sa conception technocratique de la démocratie et sa vision d'une action publique au service de la finance ne constituent qu'une nouvelle variation sur le thème de l'antique loi du plus fort. Macron est bien au service des puissants.

Il devrait se garder d'occulter les conditions dans lesquelles il a été élu. Avec un taux d'abstention et un nombre de votes blancs et nuls records, avec une fraction massive de suffrages qui se sont portés sur son nom par rejet de sa concurrente, sa légitimité citoyenne est faible et son programme libéral est loin d'être plébiscité par le corps électoral.

La majorité qui s'est exprimée durant la bataille contre la loi Travail n'a pas disparu avec l'élection présidentielle.

Cette majorité de contestation peut devenir une majorité de lutte conquérante, une majorité politique.

La CGT a un grand rôle à jouer dans cette période, avec ses propositions en matière de réduction du temps de travail à 32 h, de nouveau statut du travail salarié, de sécurité sociale professionnelle, de code du travail du 21ème siècle, d'augmentation des salaires, de protection sociale, de politique industrielle, de développement de l'emploi et des services publics, de démocratie sociale…
C'est en nous appuyant sur la conviction que la modernité est dans notre camp qu'il nous revient de travailler avec nos collègues et camarades aux mobilisations nécessaires pour gagner de nouvelles conquêtes sociales.