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Retraites : Macron avance encore masqué

Marie-Jo Kotlicki
12 septembre 2018 | Mise à jour le 12 septembre 2018
Par | Secrétaire générale de l’Ugict CGT
Avec les ateliers « participatifs » animés par le Haut Commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, le chantier d'une réforme majeure est ouvert dans une opacité bavarde. Le gouvernement communique, mais il occulte les vraies questions et veut dévoiler ses intentions le plus tard possible comme il l'a fait avec les ordonnances sur le Code du travail. C'est peu de dire que le sujet inquiète et que l'exécutif est plutôt disqualifié aux yeux des Français pour conduire une réforme progressiste.

La vague promesse du candidat Macron qu'un euro cotisé donnerait les mêmes droits pour tous a bien les apparences de l'équité, mais de quels droits parle-t-on ? En effet, pour le peu qu'on en sache, le gouvernement voudrait désormais que le calcul de la pension soit fait sur l'ensemble de la carrière soit sur les 43 annuités cotisées, au lieu des 25 meilleures années dans le privé et des 6 derniers mois dans le public. Ceci pénalisera directement ceux qui ont une progression de carrière en particulier les ingénieurs, cadres et techniciens. Le mystère règne aussi sur la pérennité des mécanismes de solidarité qui neutralisent les aléas de carrière (chômage, maternité…) ? Leur suppression ou leur plafonnement risquent d'imposer une double peine à ceux qui ont traversé des périodes de chômage et d'accentuer encore les inégalités de pension entre femmes et hommes. Les femmes, cadres notamment, sont payées en moyenne 26 % de moins que les hommes et touchent une pension 40 % plus faible.

L'équité, ça veut dire quoi si on ne sait rien sur le contenu de nos droits à retraite ? Que représentera le montant de la pension par rapport au salaire de carrière, le fameux taux de remplacement ? Quel montant de retraite ? Quel âge de départ ? Voilà des questions qu'il est urgent de débattre avec les salariés pour les informer, les mobiliser face à une réforme qui avance masquée. Il faut notamment éclairer les citoyens sur les risques que fait peser le passage à un régime par points. Si dans un tel régime chacun percevra en fonction de ce qu'il aura cotisé durant toute sa carrière, en revanche le montant de la pension ne sera pas garanti et ne sera connu seulement qu'au moment du départ en retraite. Le passage vers un régime à cotisation définie va permettre au gouvernement d'accéder à la revendication du Medef de bloquer l'évolution des cotisations. Mais mécaniquement, si elles ne suffisent pas à financer les pensions, les retraites seront revues à la baisse. Tels sont quelques-uns des enjeux de cette réforme que la mission du Haut Commissaire espère dédramatiser, dépassionner.

La baisse générale programmée des pensions, et en particulier celles des salariés les plus qualifiés et en responsabilités vise à généraliser les retraites par capitalisation comme complément de retraites. Pourtant, les expériences étrangères et la crise financière ont montré à quel point les retraites par capitalisation sont risquées et peuvent s'évaporer en cas d'effondrement boursier. Ajoutons qu'elles contribuent à la financiarisation de l'économie, détruisent de l'emploi et alimentent la spéculation au détriment de nos entreprises.

On le voit, les enjeux sont décisifs. C'est pourquoi la CGT des Ingés, Cadres et techs, l'Ugict CGT, va profiter du Forum social de la Fête de l'Humanité le week-end prochain pour lancer une grande campagne sur cette question, afin d'éclairer sur les enjeux, les risques et aussi faire connaître les propositions de la CGT visant à dégager de nouvelles ressources, intégrer les régimes dans une maison commune des régimes de retraites, ayant pour objectif d'assurer la mise en œuvre d'un socle commun de droits à la retraite, mais aussi prendre en compte les années d'études dans le calcul des pensions. Une proposition déterminante alors que l'accès au premier emploi stable a lieu à 27 ans en moyenne, et que les jeunes actifs devront cotiser 43 annuités pour avoir une retraite à taux plein.